Invité dimanche soir du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, le
président du MoDem François Bayrou, dont la formation a subi
un sérieux revers lors des régionales, s'est déclaré prêt à jouer un
"rôle" au centre, et a laissé planer le doute sur sa candidature à la
présidentielle de 2012.
"Le centre, c'est une famille politique", et "un jour elle se
reconstituera parce qu'elle n'a pas le rôle qu'elle devrait avoir",
a-t-il déclaré, promettant de mettre "toutes les forces au service de
cette construction". "Chaque fois que le président de la République
(...) ou le Premier ministre demandera à me voir pour parler de ces
sujets je répondrai oui", a-t-il dit. "Chaque fois que les dirigeants
du PS -et ça arrive sans que j'en fasse de la publicité- demanderont à
me voir pour parler de ces sujets je répondrai oui", a-t-il répété. "Je
considère que nous sommes co-responsables de l'avenir du pays et
j'exerce cette responsabilité", a-t-il poursuivi, affirmant ne pas
avoir d'"arrière-pensée".
2012 ? "Personne n'en sait rien"
Interrogé sur le choix de son "ami", le leader britannique centriste
Nick Clegg, de participer à un gouvernement de coalition avec les
conservateurs, il a répondu que le patron des Lib-Dems avait "choisi de
permettre au changement de s'exercer et de gouverner en
Grande-Bretagne". "Si vous me demandez si je permettrai et favoriserai
un changement dans la politique française, je vous réponds oui ! Dès
que les électeurs l'auront choisi", a-t-il ajouté. "J'espère jouer dans
ce débat avec les Français un rôle qui servira l'idée que je me fais de
l'avenir du pays", a encore déclaré M. Bayrou.
Ce rôle passe-t-il automatiquement par sa candidature à la
présidentielle de 2012? "Personne n'en sait rien", a-t-il répondu. "Qui
peut dire ce qui va se passer dans les deux ans qui viennent ? Personne
ne peut dire quelle va être la succession d'événements qui va nous
conduire en 2012, ou plus tôt, à de grands choix nationaux", a conclu
le leader centriste.
La dette publique ? "Apocalyptique"
François Bayrou, qui avait porté sur le devant de la scène politique
l'enjeu de la dette pendant la campagne présidentielle de 2007, a jugé
dimanche "apocalyptique" la situation financière de la France. La
France connaît "une situation de finances publiques, de déficits et de
dettes - les trois déficits : retraites, Sécu, budget - qui est
apocalyptique", a-t-il déclaré .
Entre l'époque de la campagne présidentielle et aujourd'hui, "on a
augmenté de 400% le déficit de la France, donc c'est apocalyptique.
C'est une question qui se pose à tous les responsables publics,
majorité et opposition".
Ecouter le podcast
Réforme des collectivités : le scrutin
majoritaire à deux tours est "anticonstitutionnel", pour François
Bayrou
François
Bayrou a estimé ce jeudi "anticonstitutionnel" le scrutin majoritaire à
deux tours décidé par le gouvernement pour l'élection des futurs
conseillers territoriaux.
Ce projet de scrutin "défavorise la parité" et ne "garantit pas le
pluralisme", selon François Bayrou.
"Vous
n'avez pas le droit de faire le choix de ce mode de scrutin, la
Constitution vous l'interdit", a-t-il encore ajouté à l'attention du
secrétaire d'Etat aux collectivités, Alain Marleix, durant le débat sur
le projet de loi de réforme des collectivités territoriales à
l'Assemblée nationale.
Selon l'article 1er de la Constitution, "la
loi favorise l'égal accès des hommes et des femmes aux fonctions
électives", a rappelé François Bayrou, ajoutant que actuellement, "la
parité est absolue ou presque" pour les élections régionales (au
scrutin de liste, NdM), mais avec le scrutin uninominal majoritaire à
deux tours "vous défavorisez la parité".
La loi
constitutionnelle "garantit le pluralisme, or le texte ne garantit pas
le pluralisme, il fait le contraire", a-t-il encore rappelé, avant
d'ajouter que le texte devient ainsi "anticonstitutionnel et sera
sanctionné par le Conseil constitutionnel".
François Bayrou a
également critiqué la création de métropoles auxquelles "vous donnez
toutes les compétences des communes, jusqu'aux cimetières et aux
abattoirs", a-t-il dit. François Bayrou : "Il faut consulter les
Français par référendum sur les déficits"
François Bayrou a accordé un entretien au quotidien Le
Monde, édition datée du dimanche 23 et lundi 24 mai.
Le
Monde : Approuvez-vous la proposition du président de la République
d'inscrire dans la Constitution la lutte contre les déficits ?
François
Bayrou : Inlassablement, depuis dix ans, j'ai défendu le principe d'une
disposition constitutionnelle qui empêche les déficits de se creuser,
du moins en période de croissance. La proposition que je défendais
était d'écrire tout simplement dans la Constitution qu'à partir de
l'année 2015, par exemple, les déficits de fonctionnement ne seront pas
admis, sauf pour combattre ou prévenir une récession.
Pour
l'investissement, les grands équipements, il est compréhensible qu'en
empruntant on partage la charge avec les générations futures ; pour le
fonctionnement pour les retraites, pour le remboursement des feuilles
de sécu, c'est inadmissible et scandaleux. Je trouve légitime d'en
faire un principe constitutionnel. Bien des critiques disent : "Vous
n'avez pas le droit de lier les mains des gouvernements à venir."
Cette
critique est sérieuse : je propose donc que la modification
constitutionnelle soit décidée par les Français eux-mêmes, par
référendum. Si des gouvernements ultérieurs estiment nécessaire de
rompre avec cette règle de prudence, ils ne pourront le faire sans
avoir à leur tour demandé l'accord du peuple.
Le Monde : À quoi attribuez-vous cette propension
française aux déficits ?
François
Bayrou : Deux choses : dans la culture française, il y a l'idée
profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer
l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme. Pour
exister au journal de 20 heures, chaque jour, devant chaque accident de
la vie, il faut "débloquer", comme on dit, des milliards. Et en effet,
on n'a pas arrêté de débloquer, à tous les sens du mot...
Le Monde : La rigueur est-elle inéluctable ?
François
Bayrou : La guerre des mots autour du terme "rigueur" est ridicule.
Mais il faut se mettre ceci dans la tête : nous sommes entrés dans le
temps des choses sérieuses. On nous a fait vivre dans l'illusion que
l'Etat pouvait répondre à toutes les demandes à partir de ressources
qu'il n'avait pas. C'est fini. Et, pour moi, il est bon que notre pays
ouvre les yeux devant la réalité.
Le Monde : Les Français y sont-ils prêts ?
François
Bayrou : Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables
politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn
dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de
sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là !
Lorsque
le PS officiel prétend que, pour la réforme des retraites, il suffit de
taxer les banques, qu'il n'y a qu'à "prendre l'argent là où il est",
comme disait magnifiquement feu Georges Marchais, c'est le pire des
messages politiques. cela consiste à dire au grand public : "On peut
s'en tirer sans effort puisque les efforts seront pour les autres !" Ce
n'est pas ain qu'on rebâtit un grand pays.
Le Monde : Vous pensez qu'on va vers des hausses d'impôt
?
François
Bayrou : Compte tenu de l'ampleur des déficits, aucun gouvernement n'y
échappera. Et lorsque le gouvernement actuel prétend le contraire, il
raconte des histoires et il le sait parfaitement. C'est si vrai que le
gouvernement a transmis à Bruxelles un plan de redressement qui
comporte une hausse de deux points des prélèvements obligatoires ! Mais
notre fiscalité est devenue de plus en plus injuste et de plus en plus
labyrinthique. Pour obtenir justice, clarté et donc confiance, il
faudra le courage d'une profonde réforme fiscale.
Le Monde : Comment interprétez-vous l'effervescence
actuelle au centre ?
François
Bayrou : Il y a au centre de la vie politique française une famille
dispersée, mais réelle. Ce courant de pensée s'est séparé : une partie
s'est satellisée autour du pouvoir chiraquien ou sarkozyste, une partie
a choisi l'indépendance avec moi, une partie s'est installée dans
l'orbite du PS. Mais les événements imposeront un jour ou l'autre que
ce grand courant, avec toutes ses sensibilités, se rassemble.
Le Monde : Avec ou sans vous ?
François
Bayrou : Le moment venu, je mettrai toutes mes forces au service de
cette reconstruction. Mais il y a une condition, et pour moi une seule
: il faut que toutes les composantes assument une vraie indépendance.
C'est toujours la même histoire : pour être à la hauteur, il faut
renoncer au renoncement.
Le Monde : Pourquoi avez-vous récemment rencontré
Nicolas Sarkozy ?
François
Bayrou : Nous sommes dans une période de crise profonde, où tout le
monde cherche l'issue. Dans cette période, chaque fois que le président
de la République m'invitera à le rencontrer pour parler des grands
sujets, j'accepterai. Idem pour le premier ministre ou les responsables
de la gauche. Et, chaque fois, sans tambour ni trompette. Responsables
politiques, nous sommes collectivement responsables de la situation du
pays. Je ne dis pas "tout le monde il est beau, tout le monde il est
gentil", mais "tout le monde est responsable".
Le Monde : Comment analysez-vous la crise européenne ?
François
Bayrou : Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière
Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schaüble, sont
des dirigeants de grande dimension, qui prennent légitimement en compte
la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons
l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être,
leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé par l'inflation.
Si on ne comprend pas ça, on ne comprend rien.
Le Monde : Pourquoi l'Europe ne parvient pas à parler
d'une seule voix ?
François
Bayrou : Parce qu'il n'y a pas de vision claire. Que doit être l'Europe
? Pour moi, c'est une famille d'Etats et de nations organisés dans un
but commun. À l'ère des Etats-continents, ils choisissent de défendre
ensemble leur modèle de société. Le jour où cette idée fondatrice sera
acceptée par tous, on avancera.
Le Monde : La Commission européenne doit-elle avoir un
droit de regard sur les budgets nationaux ?
François
Bayrou : On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens
français. Pourquoi pas aux partenaires européens ? Je souhaiterais pour
aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de
garantir la vérité sur les comptes des différents Etats.
Le Monde : La baisse de l'euro vous inquiète-t-elle ?
François
Bayrou : Non. L'euro était surévalué. Nous nous rapprochons d'une
parité convenable avec le dollar. Où est le drame ? Ce rééquilibrage a
aussi des avantages.
Le Monde : La zone euro peut-elle exploser ?
François
Bayrou : Je ne le crois pas. Un pays qui en sortirait verrait ses taux
d'intérêt s'envoler, ses déficits exploser, et l'inflation l'envahir.
Il ne trouverait plus de crédit. C'est très dissuasif. J'ajoute que
l'euro protège tout le monde. Même les forts...
Le Monde : Va-t-on vers davantage d'intégration
économique à la faveur de la crise ?
François Bayrou : Si on allait vers une vraie coordination et une vraie
coopération, ce serait déjà un pas de géant.
Le Monde : Que faut-il faire en priorité pour assurer le
financement des retraites ?
François Bayrou : Un plan en trois étapes :
*d'abord,
rétablir l'équilibre financier par de nouvelles ressources et cela
impose, par esprit de justice, de faire participer des revenus qui,
pour l'instant, étaient à l'abri ;*ensuite, à moyen terme, admettre
que, bien sûr, le déséquilibre des retraites est un problème
démographique, qu'il faut augmenter le nombre des actifs par rapport au
nombre des retraités : pour cela, il faut devenir obsédés de la
reconquête de l'emploi en France, pour les jeunes et pour les plus de
55 ans et ensuite allonger la durée d'activité en faisant glisser le
curseur de l'âge légal, ou celui de la durée des cotisations, ou les
deux ;
*enfin, pour le long terme, définir dès aujourd'hui, tous
ensemble, à horizon d'une décennie, un système de retraite, par exemple
à points, plus souple, qui prévoira des transitions entre emploi et
retraite, et qui sera équilibré.
Le Monde : Soutiendrez-vous la réforme que va proposer
le gouvernement ?
François
Bayrou : Si elle me paraît raisonnable, je la soutiendrai. Je n'ai pas
passé ma vie politique à mettre en garde contre les déficits pour aller
dans le sens de l'irresponsabilité lorsqu'un redressement commence à
s'imposer.
Le Monde : Votre geste ne risque-t-il pas d'être
interprété comme un "recentrage" dû à votre solitude ?
François
Bayrou : Sans concession, depuis le premier jour, j'ai combattu les
fautes du pouvoir actuel en termes d'injustices, d'atteintes à la
séparation des pouvoirs, de mainmise sur les médias, publics en
particulier, de mélange entre intérêts privés et intérêt public. Je
continuerai de le faire. Cela me rend d'autant plus libre d'approuver
des décisions qui me paraissent équilibrées. Dire oui quand les choses
vont dans le bon sens, dire non et se battre contre les erreurs et les
abus, voilà ma ligne.
Le Monde : Quelle est votre opinion sur le projet de loi
sur la burqa ?
François
Bayrou : Je n'ai pas aimé la manière dont le débat a été lancé. Mais la
décision est maintenant devant nous : je trouve le texte du
gouvernement raisonnable. Le projet de loi ne parle pas de religion, ne
cible personne. Il dit simplement qu'en France, on ne dissimule pas son
visage dans l'espace public, que vivre à visage découvert, c'est le
premier geste de reconnaissance réciproque et de respect. En outre,
j'approuve qu'il y ait une pédagogie prévue dans la loi.
Propos recueillis par Françoise Fressoz et Pierre Jaxel-Truer. Bayrou soutiendra la réforme des retraites du
gouvernement "si elle est raisonnable"
"Je
n'ai pas passé ma vie politique à mettre en garde contre les déficits
pour aller dans le sens de l'irresponsabilité, lorsqu'un redressement
commence à s'imposer", dit-il
Le Béarnais, président du MoDem
assure qu'il "soutiendra" la réforme des retraites du gouvernement "si
elle (lui) paraît raisonnable", dans une interview au Monde daté de
dimanche-lundi.
"Je n'ai pas passé ma vie politique à mettre en
garde contre les déficits pour aller dans le sens de
l'irresponsabilité, lorsqu'un redressement commence à s'imposer",
poursuit François Bayrou.
Comme on lui demande si, dans ce
cas, son geste ne sera pas "interprété comme un recentrage dû à sa
solitude", le président du Mouvement démocrate répond: "Sans
concession, depuis le premier jour, j'ai combattu les fautes du
gouvernement actuel en termes d'injustices, d'atteinte à la séparation
des pouvoirs, de mainmise sur les médias, publics en particulier, de
mélange entre intérêts privés et intérêt public, je continuerai de le
faire".
"Cela me rend d'autant plus libre d'approuver des décisions qui
m'apparaissent équilibrées", ajoute-t-il. Bayrou demeure plébiscité au MoDem
Le tableau de bord des personnalités du mois de mai de l'IFOP est
d'ores et déjà en ligne.
J'y ai examiné avec intérêt la position de François Bayrou. Il y a des
points noirs, notamment, une forte impopularité globale. Mais à côté de
cela, au sein de son électorat, il demeure extrêmement populaire
puisqu'il dispose d'une cote de confiance de 94% dans l'électorat du
MoDem. Évidemment, toute la difficulté est de déterminer ce qu'est
l'électorat du MoDem puisqu'il est très mouvant... Il demeure également
populaire auprès de son électorat de la présidentielle de 2007 puisque
78% de ses anciens électeurs ont une bonne opinion de lui. Seuls
Jacques Chirac et DSK font mieux avec respectivement 79% et 82%. Par
rapport au mois de mars 2010, je constate qu'il remonte nettement sur
ses bases (son électorat présidentiel de 2007 et celui du MoDem).
En revanche, ce sondage confirme ce que j'avais constaté
dans le précédent : il y a vraiment un problème avec les retraités et,
désormais, les diplômés du supérieur, dernière catégorie qui lui a
longtemps été très favorable. Deux catégories qui ne s'abstiennent pas
! Pour les seconds, à mon avis, l'algarade avec Cohn-Bendit a été
désastreuse, mais, ce n'est sans doute pas la seule cause : je pense
que la posture tribunicienne adoptée pendant trois années par Bayrou a
aussi contribué à faire des dégâts dans cette catégorie. Il eût fallu
qu'elle soit tempérée par des propositions dites aussi fortes que les
critiques. J'ai le sentiment que François Bayrou s'est modéré, sur ce
point, à la suite des Européennes.
J'ai notamment apprécié ses
positions responsables et modérées sur la burqa, les retraites et le
plan européen ; à vrai dire, sur ce dernier point, on a eu là la
traduction en fait de ce que proposait en gros et en gras le Mouvement
Démocrate dans son programme pour les Européennes... François Bayrou : "Si Centre il y a, ça veut
dire indépendance, et j'en suis le garant"
François Bayrou était l'invité de Laurence Jousserandot sur France
Info, ce lundi 10 mai.
France
Info : Bonsoir François Bayrou, président du Mouvement Démocrate. On ne
vous a pas beaucoup entendu depuis les élections régionales ; le plan
de soutien à la zone euro décidé par Bruxelles avec le FMI pour
éteindre l'incendie et redresser l'euro, ça a fonctionné aujourd'hui
c'est un premier succès ?
François Bayrou : C'était un
plan qui aurait dû intervenir il y a 3 mois et le fait qu'il ne soit
pas intervenu il y a 3 mois, ça nous a coûté peut-être 300 milliards.
C'est une décision bienvenue, au fond, et on attendait 2 choses : une
solidarité entre européens qui soit suffisamment importante pour qu'on
essaie de ne pas attaquer un des membres de la zone euro pour faire
exploser l'ensemble. De ce point de vue là on a trouvé la bonne gamme
750 à 800 milliards c'est une somme astronomique. Et deuxièmement on
attendait que la BCE joue le rôle qu'elle devrait jouer quand les états
on besoin d'emprunter. Jusqu'à maintenant, la BCE ne prêtait pas
d'argent aux Etats quand ils en avaient besoin. On a fait un changement
de cap significatif, ces décisions ont été bien inspirées mais trop
tard, et ce trop tard nous coûte cher.
FI : Vous pensez que la contagion va être évitée ou ne
faire que panser les plaies ?
FB
: Il me semble que la question est difficile et délicate, mais je vais
essayer de vous répondre franchement. Il me semble que c'est un répit
trouvé, j'allais dire acheté et l'on voit bien la réaction des marchés,
c'est à dire les bourses. Mais ce n'est pas la réponse au problème, car
la cause du problème c'est que le bon sens a disparu. Le bon sens a
disparu car on accepté de vivre totalement à crédit et ça nous a plongé
nous les Français et Européens, ça nous a plongé dans une situation de
fragilité excessive. On est pour ainsi dire obligé de garder notre
train de vie et de réemprunter pour alimenter notre dette et cela ne
sera pas corrigé par les décisions prises en Europe. Et la seule
certitude, c'est que les centaines de milliards mobilisés vont nous
obliger les pays de l'Europe et la France en premier lieu à devenir
sérieux. Tant qu'on n'aura pas corrigé ces déséquilibres on aura des
accidents qui nous ruineront. On a besoin que le bon sens et que le
sérieux se trouvent à leur place dans les affaires publiques.
FI
: Voilà concrètement une décision prise par Nicolas Sarkozy, qui a eu
une influence déterminante de ce point de vue là. Vous êtes satisfait ?
FB
: En tout cas je suis heureux quand les choses vont dans le bon sens.
Tout ce qui est fait est bien; arrêtons de tirer la couverture,
arrêtons de voir les chefs d'Etat prétendre que c'est grâce à eux. Il
vaut mieux tout faire ensemble, chaque chef revendique trop pour lui
même. On n'a pas besoin d'exploit personnel, on a besoin d'équipe.
Le 22 avril, François Bayrou a rencontré Nicolas
Sarkozy, qui lui aurait proposé de rejoindre la majorité. Photo AFP
Sollicité
par Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Raffarin pour « retrouver sa place »
dans la majorité, le Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou
n’entend pas aliéner son indépendance.
« Peut-on parler avec
tout le monde ? Évidemment. Est-ce qu’on se retrouve dans la majorité
présidentielle ? La réponse est non », a expliqué hier la
vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez.
Également
interrogé, François Bayrou a estimé que « la question n’était pas là »
: « La question, c’est l’état du pays. Chaque fois que des leaders
politiques veulent me voir, je les vois. Nous avons tous une
responsabilité et devons parler ensemble, de manière constructive et
détendue, de ce qui se passe en France et en Europe. »
La
présidence de la République avait récemment laissé filtrer qu’une
rencontre s’était déroulée, le 22 avril, entre Nicolas Sarkozy et
François Bayrou, qui n’a cessé de critiquer l’action du chef de l’État
depuis 2007, notamment dans un livre intitulé Abus de pouvoir. Le
président aurait alors expliqué au leader centriste qu’il était prêt à
travailler avec lui s’il modifiait sa ligne politique : « Tu t’es
trompé de stratégie… La gauche ne peut pas faire alliance avec toi,
sinon elle perd l’extrême gauche ! »
Début mai, Jean-Pierre
Raffarin avait confirmé cette ouverture vers l’ancien ministre de
l’Éducation nationale . « François Bayrou doit mesurer aujourd’hui que
sa stratégie avec la gauche est dans une impasse et doit réfléchir à un
retour au sein d’une majorité présidentielle élargie », avait déclaré
l’ancien Premier ministre sur LCI, soulignant que le président du MoDem
« peut retrouver sa place pour essayer de renforcer le centre ».
«
Sarkozy ne dispose d’aucune réserve au centre pour la présidentielle,
et le Nouveau Centre ou Borloo ne lui apporteront rien en terme de
suffrages, confie un membre du MoDem. Au fond, malgré toutes nos
difficultés, celui qui conserve une crédibilité au centre, c’est
François Bayrou. » François
Bayrou : "Il faudra un rééquilibrage des comptes si on veut améliorer
la situation du pays"
François Bayrou était l'invité ce mercredi de la matinale de France
Inter. Il répond aux questions qui lui sont posées :
-sur la sutuation de la Grèce , la rigueur , le taux de 5%
avec lequel l'Europe prête de l'argent à la Grèce
- les élections en Angleterre , le bipartisme
-sur sa candidature en 2012
-sur la burka
Grèce, Portugal, Espagne : quand Bayrou avait
raison
Vous
vous souvenez, en septembre 2008, Nicolas Sarkozy, après que l’auréolée
Christine Lagarde avait dit que la crise n’atteindrait pas la France se
flattait d’avoir réagi avec promptitude, force et efficacité. La
réalité était tout autre puisqu’il lui a fallu presque 20 jours pour
agir après le lundi noir et la chute de Lehman Brothers.
Ce
que nous montre aujourd’hui le cas de la Grèce, du Portugal et de
l’Espagne c’est qu’au lieu d’avoir réussi Nicolas Sarkozy a échoué en
grande largeur. Quand il s’est agi de sauver les banques, ce fut fait
sans compensation et à la vitesse de l’éclair. Une fois sauvées
celles-ci s’en sont mis plein les poches, ont continué à spéculer et
continuent à le faire au détriment de l’Euro et contre les nations qui
les ont sauvées. Les traders ont demandé à leur tailleur de rallonger
leurs poches afin d’y mettre tous les biffetons qu’ils ont gagnés en
2009.
A la suite du sauvetage des banques qui a coûté
quelque 1 500 milliards de dollars, celui qui s’est appelé le président
de l’Europe (titre usurpé qui n’existe que dans le panthéon de la
Sarkozye) devait réguler le monde financier et moraliser le
capitalisme. La réalité est cruelle et indécente, Paulson s’est enrichi
de plusieurs milliards de dollars dont un rien qu’avec Goldman Sachs en
jouant la baisse à mort pendant que les autres fourguaient aux
investisseurs trompés en toute connaissance des titres pourris contre
lesquels Paulson justement spéculait et pour lesquels ces investisseurs
allaient y perdre jusqu’à leur chemise.
Actuellement, les
sociétés de notation qui ont plongé le monde de la finance dans un trou
noir dont on ne voit pas encore le vrai fond en ayant auparavant noté
de façon faramineusement positive des produits complexes autant qu’ils
étaient pourris et risqués, veulent se montrer intraitables et
descendent en flèche trois pays endettés, dettes dont ils sont en
partie responsables avec Goldman Sachs qui a aidé la Grèce à tricher,
en déclassant leur note de solvabilité. Ceci entraîne une spéculation
effrénée contre l’euro et lance un tourbillon vicieux : les taux
augmentent vertigineusement et plombent encore plus les pays endettés.
Or les banques risquent d’être plombées si l’insolvabilité de ces pays
pointe son nez car elles possèdent des obligations de ces états
endettés, obligations qu’elles ont refourguées à leurs clients (nous en
gros). On arrive à des taux de fous : 10 % récemment (alors que les
meilleurs se financent à moins de 1,5 %).
Tous ceux qui
croyaient que les pays de la zone euro étaient solidaires, peuvent
enterrer leur doux rêve et déterrer la hache de guerre. Voilà que la
France se tape d’aise sur le ventre. Woerth, très content de lui (il
est vrai qu’il est trésorier de l’UMP et qu’à l’UMP il y a un autre
ancien ministre du budget qui a donné son accord pour la constitution
de sociétés offshore dans le but d’encaisser des commissions de la
vente des sous-marins au Pakistan dont on parle un peu en ce moment)
annonce sans rougir que la France va prêter à la Grèce au taux de 5 %
en empruntant sur le marché au taux de 1,5 %. Belle solidarité ! On
enfonce la Grèce au lieu de l’aider. On aurait pu prêter à 1,75 ou 2 %.
Tout le monde était gagnant y compris nous, là c’est tout simplement
scandaleux. Faire une marge de 233,34 % est tout simplement
insoutenable d’autant qu’à terme c’est tout le monde qui va payer. La
crise durera plus longtemps en Europe. Les effets dominos peuvent se
déclencher.
Et pendant que l’Europe risque vraiment de
basculer dans le chaos, à la tête de l’Europe on se dit qu’il est
urgent d’attendre (chaque jour qui passe se sont des millions d’euros
qui vont dans la poche des spéculateurs et c’est encore plus dur de
s’en sortir), Merkel pique sa crise et notre Nicolas Sarkozy se promène
e Chine.
On se rend compte que Nicolas Sarkozy, malgré ses
rodomontades et ses coups de menton, a échoué complètement. On n’a
cessé de dire qu’il était actif mais le résultat est là :
- bien que
« président » de l’Europe en pleine crise il n’a fait le choix qu’il
fallait faire, il n’a pas agi de telle sorte que justement la Grèce ne
se trouve pas dans la situation dans laquelle elle est, suivie du
Portugal et de l’Espagne.
- la spéculation n’a toujours pas diminué
- les financiers sont encore plus gras qu’avant
-
il a été tout simplement incapable de faire qu’on prête rapidement à la
Grèce et à un taux faible. Merkel n’a pas été convaincue par Nicolas
Sarkozy. On a eu droit à des manchettes de presse, mais c’est la
pression du FMI, de la BCE et d’autres pays qui a fini par dérider la
dame de fer d’outre Rhin. Zéro pointé sur ce coup-là pour Nicolas
Sarkozy.
Et Bayrou dans tout cela ? En octobre 2008 Bayrou
demandait à cor et à cris un grand emprunt européen. Imaginez que cela
fut fait. Qu’en serait-il aujourd’hui ?
1- cela aurait été un acte fondateur en Europe
2- cela aurait soudé les pays européens de la zone euro justement dans
ce même acte
3- cela les aurait liés dans une solidarité commune pour le bien commun
4-
et le plus important, la Grèce aurait pu utiliser une partie de cet
emprunt à un taux bien plus faible et très rapidement, sans avoir à
pleurer, sans avoir à négocier, de plein droit. Et ceci il y a
plusieurs mois, augmentant les chances de sortie de crise et diminuant
les risques et surtout diminuant le poids du remboursement de l’emprunt
tant parce qu’alors le capital aurait été moindre et qu’avec un taux
avoisinant les 2 % et non les 5 qu’on lui impose aujourd’hui les
charges de la dette auraient été bien inférieures.
L’idée
de Bayrou était la bonne, Sarkozy a gonflé sa poitrine et s’est
congratulé mais comme le démontre l’état de la Grèce son action quand
la France était à la présidence tournante de l’Europe a été un fiasco,
sinon il aurait fait en sorte qu’avec cette crise qui débutait, un
mécanisme de sauvegarde fût mis en place afin d’éviter ce qui arrive
aujourd’hui.