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Charles III à Nancy : La statue de
la discorde - Le point de vue politique
19-04-2011 Danièle
Noël
La ville de Nancy a décidé
d’ériger sur l’actuelle place du
marché une statue équestre en bronze en
l’hommage de Charles III, duc Bâtisseur de Lorraine
et fondateur du « grand projet » de la ville neuve
de 1588. Ce choix politique s’inscrit dans le cadre du
développement urbain de la ville et du
réaménagement de la Place Henri Mengin - Charles
III ainsi qu’approuvé lors d’un conseil
municipal.
La décision telle
qu’actée entre dans la perspective des
événements qui mettront la ville de Nancy
à l’honneur dans la thématique
« Renaissance 2013 ».
Si le
réaménagement de cette place n’est pas
remis en cause, il n’en va pas de même en ce qui
concerne le choix de l’oeuvre retenu : une statue qui
n’a jamais existé en sa forme achevée.
Rappel des chiffres
Le
coût du réaménagement de la place a
été estimé à 8 millions
d’Euros. Ces dépenses seront, selon la ville,
parfaitement maîtrisées.
Les travaux
afférant au parking souterrain, estimés
à près de 3 millions d’euros, seront
entièrement pris en charge par Vinci Park, qui les
répercutera sur le coût de stationnement des
usagers.
Reste le montant de la fabrication de la statue, soit
près d’ 1 million d’Euros et qui doit
être en grande partie financé grâce au
mécénat. Une convention avec la Fondation du
patrimoine a été signée par la ville
de Nancy afin de lancer une souscription qui devrait permettre de
recueillir les fonds nécessaires à sa
réalisation.
Le sens historique
donné au projet
Les
défenseurs de la statue avancent comme arguments le bien
fondé d’une réparation historique, en
lieu et place si ce n’est en heure, pour un hommage dont le
duc de Lorraine n’a jamais pu
bénéficier. En effet, de cette statue
équestre, pensée en 1610, seul le cheval a
été réalisé
après moult
péripéties et
aléas.
A l’heure actuelle, une
réduction de 60 cm trône comme il se doit sur un
piédestal au Musée Lorrain de la vieille ville et
honore tout à la fois Charles III ainsi que le travail des
maîtres fondeurs de l’époque, les
frères Chaligny.
Ce
sont par conséquent essentiellement ces deux positionnements
– financement et choix de la statue- qui font actuellement
grand bruit sur la place de Nancy et attisent tant de discorde.
La
responsabilité politique de la Ville
Il
n’est pas question ici d’y associer une
guérilla d’étiquettes politiques visant
à comparer tel ou tel projet, quel qu’il soit,
défendu par une autre collectivité territoriale.
Dès
lors, d’un point de vue politique- au sens noble du terme,
à savoir la vie de la Cité- il en ressort que la
Ville a souhaité donner une vision responsable de son
engagement dans ce projet.
Ainsi,
que l’avenir de cette place soit heureux ou non, elle se
devra de l’assumer.
Néanmoins,
ce que certains jugent comme étant une
légitimité à être seul
décideur d’un choix politique va à
l’encontre du message prôné
fréquemment par la Ville du désir de «
vivre ensemble » et d’implication des habitants
à la vie de la cité.
A
l’heure où Nancy prône la participation
citoyenne au travers les ateliers de vie de quartier, la « vie participative »,
impliquant les élus et services de la Ville ainsi que leurs
interlocuteurs, à l’heure où elle
réitère que «
le dialogue citoyen en direct, en petit comité et sur le
terrain, est une réalité vivante »
cette décision résonne comme une fausse note et
une contradiction.
Certes, rien ne
l’oblige à un devoir de concertation en urbanisme,
mais force est de constater qu’un projet partagé
par tous vaut mieux pour l’avenir qu’un projet
décrété, aussi performant soit-il.
Aujourd’hui,
nombre de Nancéiens, par leurs multiples
réactions (pétitions, articles de
presse…) prouvent qu’ils veulent être
acteurs de la vie de la Cité, qu’ils souhaitent
penser et construire avec les politiques, côte à
côte, l’avenir de notre ville.
Cet appel
est le signe d’une volonté de responsabilisation
citoyenne. Ne pas répondre à cet appel ou se
reposer sur des décisions actées et
figées risque, une fois encore, de conforter la
défiance du citoyen à
l’égard de l’élu, de
créer des réactions de rejet et
d’incompréhension.
L’air du temps
Ainsi
que l’a récemment rappelé
André Rossinot, maire de Nancy, « l’air du
temps appelle à la modestie ». De ce
fait, pour beaucoup, le coût de réalisation
exorbitant de la statue apparaît comme une provocation face
aux réalités quotidiennes et aux
priorités à accorder à la gestion de
la ville, même si l’on peut démontrer
que cet engagement financier sera , sans trop de risques, amorti dans
le temps.
Quant au choix de l’oeuvre en
elle-même la question qui se pose n’est pas
l’objet d’une querelle « Anciens contre
Modernes ».Elle pointe du doigt la capacité de
s’interroger sur l’image et la finalité
que l’on souhaite donner à cette place.
Lieu de commémoration
historique, d’un passé figé dans le
temps et que l’on souhaite recomposer? Ou lieu de
création, de vie, et d’ouverture vers
l’avenir ?
Si Charles III
était amené à contempler
l’actuelle place du marché,
libérée de ses étalagistes, certes
diaprés et vivants, mais assez disharmonieux, il aurait
alors un regard clair et sans doute acerbe sur l’histoire de
la Ville : une association de genres urbanistiques
hétéroclites allant de
l’église Saint-
Sébastien de
l’architecte Jennesson (auquel on rend bien peu hommage
également), le marché central de 1848 et le
centre commercial de 1976…
Est-ce là le reflet de
ce qu’il souhaitait pour Nancy ? Lui qui voulait en faire une
capitale moderne, ouverte sur les arts, les échanges
économiques et qui rayonne dans toute
l’Europe…
Donner une nouvelle
perspective d’avenir à Charles III
En
conclusion, si le projet de réalisation de la statue de
Charles III peut paraître pour quelques-uns comme une
évidence s’imposant pour rendre hommage au Duc de
Lorraine, il en ressort également que cette perspective
parait bien réductrice, voire simpliste dans sa
réflexion.
En effet, de la consultation collective,
une multitude de projets, notamment grâce la participation
des artisans d’art lorrains pourrait voir le jour.
Avec
un défi, très simple à mener
finalement : écouter les propositions que peuvent faire les
uns et les autres. Les confronter, entre eux et avec le projet de la
Ville. Faire appel aux talents des artisans d’art.
Nous
en avons. La Lorraine n’est pas privée de
compétences, elles existent.
Les artisans d’art sont
les héritiers de savoir-faire précieusement
élaborés au fil des siècles et sont un
véritable atout pour les territoires en termes de
développement et d’attractivité
touristique.
Si le souhait de la ville
de Nancy est de faire de cette place un lieu de vie pour les
célébrations de « Renaissance 2013
», il serait sans doute heureux de
s’inspirer du siècle des Lumières. Il
suffit pour cela de renouer avec l’alchimie des
Lumières qui a permis tant de merveilles grâce au
partage des
connaissances acquises par
l’expérience, l’enseignement du
passé et l’esprit critique.
Ce serait là une bien
belle perspective d’avenir pour Charles III qui ouvrirait les
portes d’une joute artistique des temps à venir.
La question reste sur la place…